N’accusez pas votre éditeur !, par Thierry Rollet

Tout auteur publié doit être conscient que tout éditeur gère son fonds et son catalogue comme il l’entend. En outre, 90% des éditeurs du monde se diffusent eux-mêmes et impriment à flux tendu, c’est-à-dire selon les commandes qu’ils reçoivent – ils peuvent bénéficier pour cela de la grande souplesse et du professionnalisme avéré de leur imprimeur.

C’est pourquoi tout éditeur ne saurait être tenu pour responsable des méventes que peuvent connaître certains des ouvrages qu’il publie.

Les conditions citées au 1er paragraphe de cet article se retrouvent dans la plupart des contrats d’édition. On peut les supposer claires pour toute personne disposant d’une intelligence normale et ayant eu la patience de lire le contrat jusqu’au bout avant de le signer. En outre, il est conforme aux usages de la profession d’éditeur :

  • de ménager une période de quelques mois entre la signature du contrat d’édition et la sortie du livre, afin d’effectuer une pré-publicité ; le livre étant ainsi susceptible de pré-commandes, il est faux de dire qu’il n’a pas été exploité dès la signature du contrat ;
  • de disposer ou non d’un diffuseur ; la plupart des éditeurs se diffusent d’ailleurs eux-mêmes, y compris parmi les plus importants, parce que les diffuseurs ont aujourd’hui une mauvaise réputation évidente due surtout aux marges exorbitantes qu’ils exigent de la part des éditeurs et qui équivalent souvent pour ceux-ci à des ventes à pertes ; on rappellera que le Code du Commerce, en France, interdit les ventes à perte ;
  • d’effectuer la diffusion comme bon lui semble, puisque, selon chaque contrat, l’éditeur devient propriétaire de la totalité des droits d’auteur patrimoniaux sur ledit ouvrage pour toute la durée du contrat. Cela revient à dire que l’éditeur dispose de l’ouvrage comme il l’entend pendant toute la durée du contrat ; il doit rester cependant ouvert à toute suggestion de la part des auteurs, sans pour autant s’engager à les accepter.

C’est pourquoi l’éditeur ne peut accepter d’être accusé des méventes d’un livre, du moment qu’il a fait son travail – précisé dans le contrat – et que l’auteur a fait le sien, car la promotion est toujours un partenariat auteur-éditeur. Par conséquent, auteurs, ne considérez jamais votre éditeur comme un adversaire qu’il faut cravacher ou menacer pour en obtenir quelque chose.

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Toronto : les librairies indépendantes dans la tourmente

Actualitté : Deux des plus vieilles librairies indépendantes de Toronto vont connaître des changements majeurs en 2012, et plutôt pour le pire que pour le meilleur.

La librairie The Book Mark vient d’annoncer dans un communiqué qu’elle fermerait ses portes après 46 ans de bons et loyaux services le 21 janvier prochain, essentiellement à cause d’un loyer devenu hors de prix et de l’impôt foncier élevé. La propriétaire Sur Houghting a expliqué que la situation devenait insupportable sur le plan financier, bien que la librairie ait réussie à s’adapter à la compétition accrue du secteur depuis l’arrivée de l’ebooks, la politique agressive de certains gros détaillants et les cybermarchands.

« Les ebooks ne nous ont pas réellement affecté », explique-t-elle au Globe and Mail, « nous avons des clients fidèles, qui n’aiment pas que lire, mais qui aiment les livres. Et qui aiment venir dans un endroit où ils peuvent parler de livres. »

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Librairies : on aimerait vivre et “ne pas avoir à solliciter les aides”

Actualitté : La librairie du XIIe arrondissement, l’Alinea, était menacée d’expulsion. Un litige avec le bailleur. Comme il s’en rencontrera probablement de plus en plus dans les semaines et les mois à venir. Mais par la grâce d’une solide campagne de sensibilisation, et surtout d’une belle dose de chance, voilà que la librairie vient de retrouver un grand bol d’air…

Le libraire n’y croyait pas : tout a commencé par une tribune publiée dans Libération, Sale temps pour un libraire, qui inventorie, par le menu, la situation « ubuesque » dans laquelle se retrouve l’établissement.

Ayant repris en 2005 une librairie café qui n’avait pas pu trouver son public, l’endroit a très rapidement pris une place majeure dans la vie du quartier : fournisseur des écoles, car disposant d’un gros rayon jeunesse, il propose des ateliers d’écriture et est un lieu vivant de rencontres, entre autres avec les auteurs. Mais voilà, le libraire a dû emprunter la quasi-totalité des fonds pour lancer son activité, et les charges et les intérêts – surtout de loyer (2 800 euros mensuels !) – lui ont toujours laissé des marges très faibles.

Le papier d’Arnaud Orain, professeur d’économie à l’Institut d’études européennes, fait mouche : la reprise dans la presse est immédiate, et aboutit à l’arrivée du ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, avec son cabinet, pour une visite. « Le ministre sortait de la visite de trois établissements, et s’est rendu dans le mien pour s’enquérir de ma situation. » Coup de bol, coup de vent, le vent qui a tourné.

« J’étais menacé d’expulsion, après plusieurs déboires avec le bailleur. Il avait engagé une procédure d’expulsion, et en dépit d’une proposition faite par mon mécène, de racheter les murs pour me fait un bail plus correct, rien n’y faisait. Il n’avait pas accepté les négociations. » Mais la presse et le ministre font changer le cours de l’histoire. Un sursis d’exécution est obtenu, et finalement, les discussions reprennent avec le bailleur. La librairie est sauvée.

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E-commerce : 7 milliards € dépensés pour les fêtes, le livre pèse 9,1 %

Actualitté : La Fédération ecommerce et vente à distance organisait aujourd’hui une conférence pour présenter les résultats du 3e trimestre. Plutôt excellents. S’appuyant sur les résultats annoncés par 90.000 sites de ventes, la Fevad présente une période en croissance de 2 % en regard du 2e trimestre et 23 % sur un an. Avec 100 millions de transactions effectuées, pour une moyenne de 91 € (en perte de 1 €), la Fevad annonce également qu’en 2012, on comptera plus de 100.000 sites marchands en France.

Internet, forte croissance du commerce

« Sur les 9 premiers mois de l’année, les sites leaders du panel ont vu leur chiffre d’affaires progresser de 12 %. Les ventes d’habillement sont en hausse de 13 %, alors que les ventes de produits techniques enregistrent une augmentation de 7 % en valeur », annonce la Fevad dans son communiqué. Avec le tourisme qui affiche une hausse de 16 % de son activité entre janvier et septembre.

Le livre, produit qui séduit sur internet

En 2010, 8 % des ventes ont été réalisées en ligne, avec 9 millions de Français qui achètent leurs ouvrages en ligne. À cette époque, le commerce de livres papier représentait une augmentation de 800.000 personnes, avec une majorité de neuf – 230 millions de titres. Pour cette période du troisième trimestre, l’institut GfK a assuré que la vente de livres était désormais passée à 9 %, pour cette période. Entre janvier et septembre, l’augmentation est même manifeste, avec 15 % de croissance sur la période.

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Indigo : nouveau “business model” pour les librairies

Actualitté : Des éditeurs et des actionnaires du monde de l’édition ont été consternés par l’annonce de la chaîne de librairie canadienne Indigo Books&Music du changement de sa gamme de produits au début de cette année. Dans les librairies Indigo, il y a désormais moins d’espace réservés aux livres, et beaucoup plus dédiés à la présentation d’autres produits, tels que des cadeaux et des produits lifestyle.

Malgré la réticence de la plupart des acteurs de l’édition, ce nouveau « business model » serait surtout innovateur, voire pionner du genre, pour s’adapter aux difficultés créées par l’arrivée de l’ebook sur le marché, selon un article du Sydney Morning Herald.

Pour survivre ou s’adapter aux nouvelles exigences du marché, les libraires devraient donc changer leur gamme de produits, pour promouvoir le livre comme un style de vie plutôt qu’un simple objet en soi.

Cadeaux, jouets, jeux-vidéos, musique, et même plantes, sont des exemples de produits que les librairies pourraient vendre pour tirer profit de l’affection que leurs clients portent aux livres. De même que l’on voit des librairies devenir également des cafés / bar.

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Les Éditions Dédicaces mettent en vente plusieurs de leurs livres dans la boutique américaine Biblio.com

Les Éditions Dédicaces mettent en vente plusieurs de leurs livres dans la boutique américaine de renom : Biblio.com. Les Éditions Dédicaces offrent d’ailleurs à leurs clients une réduction permanente de 5% sur tous les livres achetés dans cette boutique en ligne !

Biblio Inc dirige Biblio.com (USA), Biblio.co.uk (Angleterre)  et le site de recherche de livres Antiquarian Booksellers’ Association of America (ABAA). Biblio, maintenant dans sa sixième année d’exploitation, est le plus grand marché indépendant pour l’achat de livres d’occasion et rares, ainsi que des manuels scolaires. Biblio est fier de réunir plus de 5500 professionnels, des libraires indépendants provenant du monde entier, pour vous offrir plus de 50 millions de livres de très grande qualité.

En 2009, Biblio Inc a établi un partenariat avec l’Antiquarian Booksellers’ Association of America pour présenter en ligne l’inventaire des membres de l’ABAA.

Biblio soutient les entreprises indépendantes et les communautés

Biblio Inc est une petite société privée auto-financée située à Asheville, en Caroline du Nord (USA). Elle s’engage à soutenir la communauté des entreprises indépendantes. Cela signifie que Biblio s’est engagé non seulement à la croissance de son entreprise et de ses bénéfices, mais qu’elle s’est également engagé à appuyer ses collègues et partenaires d’affaires, et à favoriser l’éducation et l’alphabétisation.

Les livres des Éditions Dédicaces diffusés jusqu’en Australie

Grâce à Biblio.com, les livres des Éditions Dédicaces sont maintenant diffusés jusqu’en Australie, sur le site de recherche BibliOZ.com, dirigé par BiblioQuest International Pty Ltd.

BiblioQuest International est le service australien de premier plan pour la recherche de livres de collection, offrant un service de commande par téléphone et par Internet pour sa clientèle nombreuse et fidèle, ainsi que la grande chaîne du livre en Australie et en Nouvelle-Zélande.

BiblioQuest international (BQI) a été créé en 1994 et il est rapidement devenu le leader en Australie pour le service spécialisé de recherche de livres, principalement dû au fait de ses accords passés avec les grandes chaînes de librairies australiennes. BQI fournit également en livres les principales bibliothèques en Australie et en Nouvelle-Zélande.

Consultez les livres des Éditions Dédicaces chez Biblio.com >>>>

À bâbord ! – Les non-lieux de la culture : Empire sur l’édition, par Jean-François Nadeau

Au mois de janvier 2006, Jean-François Nadeau publiait dans le numéro 12 de la revue À bâbord ! un long article sur l’état réel de l’édition au Québec. Considérant cet article comme étant toujours d’actualité, nous nous permettons de reproduire celui-ci dans son intégralité.

À l’heure où l’empire Quebecor met la main sur Sogides, le plus gros groupe d’édition et de distribution de livres au Québec, les puissants continuent d’opérer une véritable révolution conserva- trice dans ce secteur. En effet, avec l’achat successif de la plupart des maisons d’édition bien établies depuis dix ans, des entreprises comme Bertelsman, Editis, Vivendi, Privat et désormais Quebecor contrôlent, dans une très large mesure, le processus de publication, c’est-à-dire l’ensemble des étapes permettant au texte d’un auteur d’accéder, de la meilleure façon possible, à une existence publique.

Quebecor possédait déjà les éditions Stanké, Libre Expression, Trécarré, CEC, Logique et quelques étiquettes populaires. Le conglomérat contrôlait en outre, depuis des années, son propre réseau de distribution. Ce réseau s’appuie principalement sur sa chaîne de librairies, Archambault, tout en comptant sur la collaboration plus ou moins révérencieuse de ses différents médias, à commencer par ses journaux et ses stations de télévision.

Avec l’achat de Sogides, Quebecor met la main sur les Éditions de l’Homme, les Éditions du Jour, l’Hexagone, VLB éditeur et Typo. Bref, elle acquiert un des meilleurs catalogues au pays. Mais elle s’empare surtout d’un fort réseau de distribution, celui des messageries ADP, qui exerce le contrôle réel en Amérique du Nord sur près de 125 maisons d’édition d’ici et d’ailleurs, dont Albin Michel, Robert Laffont, XO, Seghers, Belfond et le Robert.

Faut-il noter au passage que l’ancien propriétaire de Sogides, Pierre Lespérance, désormais patron de tout le groupe d’édition de Quebecor, est personnellement actionnaire (à hauteur de 20 %) de la chaîne de librairies Renaud-Bray ? Sa participation doit d’ailleurs d’ici peu grimper à 30 %. Âgé de 67 ans, ce jovial homme d’affaires, doublé d’un éditeur au grand flair, passe désormais une partie de sa vie en Floride à jouer au golf et à prendre soin de ne pas subir une nouvelle crise cardiaque. Entre les mains de qui, croyez-vous, ses actions de Renaud-Bray tomberont-elles lorsqu’il en aura assez de se dépenser pour des bouquins ? Alors que le paysage de l’édition québécoise n’a jamais été aussi concentré, inutile d’être grand génie pour comprendre qu’il pourrait l’être encore davantage avant longtemps.

L’édition subventionnée

Les études sur les origines du livre au Québec ont beau, depuis quelques années, se multiplier, il n’en demeure pas moins vrai que l’édition telle qu’on la connaît n’a guère existé en ce pays avant les années 1960, où elle commença à se configurer parce qu’une nouvelle génération d’écrivains mit en place une littérature enracinée faite ici pour des gens d’ici, avec l’aide de nouveaux éditeurs et critiques qui défendirent l’émergence de voix nouvelles, tant dans le domaine de l’essai, du roman que de la poésie. Depuis toujours, cet édifice éditorial tenait essentiellement grâce à des reconnaissances symboliques et idéologiques, sans véritable contrepartie économique – et c’est pourquoi on n’en finirait plus d’évoquer ici les aventures éditoriales périlleuses que menèrent, à bout de bras, des gens comme Victor-Lévy Beaulieu, Gaston Miron, Jacques Hébert ou Gérald Godin.

À vrai dire, l’édition au Québec ne fut un commerce relativement payant que durant la Seconde Guerre mondiale. Plusieurs éditeurs montréalais profitèrent alors de l’occupation de la France par les Nazis. Comme il n’y avait là-bas plus de livres ou presque, on les imprimait ici, à la va-vite. Parmi ces entrepreneurs de circonstance, on trouve entre autres Henri-Paul Péladeau, frère du fondateur de l’empire Quebecor. Péladeau frère se cassera la gueule comme ses confrères lorsque, la guerre terminée, Paris redevint Paris, c’est-à-dire lorsque les éditeurs recommencèrent à lire, à commander et à encourager la production de vrais livres plutôt qu’à se contenter de faire tourner les imprimeries à toute vitesse comme il le faisait.

Au XXe siècle, les taux de rendement dans l’édition n’ont jamais dépassé, au mieux, les 5 %. Et comme, au Québec, on considère qu’un titre se vend bien lorsqu’il atteint 1 000 ventes seulement, personne de la finance ne s’est jamais tellement intéressé à ce secteur… L’édition, ici comme ailleurs, est d’abord une affaire de passion et de cœur. Pour cette raison, il s’agit d’un des derniers secteurs culturels à être complètement colonisé par les grandes entreprises capitalistes.

L’édition au Québec correspond à la fois à l’expression d’une prise de conscience d’une société sur elle-même, mais aussi à un miracle de la subvention. Aucune maison d’édition n’existerait et ne survivrait longtemps si elle n’était pas soutenue par plusieurs programmes de subventions.

Les maisons d’édition reconnues reçoivent de l’aide financière du gouvernement du Québec (SODEC), du Conseil des Arts du Canada, du PADIE (Programme d’aide au développement de l’industrie de l’édition) et du programme de Crédit d’impôt. Toutes ces interventions étatiques sont fondées sur les chiffres d’affaire ou les chiffres de production des maisons. Seul le Conseil des Arts du Canada établit les montants de ses bourses en procédant à des évaluations réelles des ouvrages soumis par chacun des éditeurs. Pour l’essentiel, cela veut tout de même dire qu’il est tout à fait possible de produire n’importe quoi – à condition que ce soit canadien, plus ou moins bien mis en forme, puis relié – et de recevoir de l’argent de l’État pour le faire.

Les plus grosses maisons d’édition, celles dont les chiffres d’affaires sont déjà imposants, raflent l’essentiel des fonds publics destinés à l’édition en produisant beaucoup de titres à chaque année. Or, la majorité de ces maisons sont aujourd’hui la propriété de Quebecor. Cet empire peut, en principe, continuer de toucher autant de subventions qu’il possède de maisons en faisant valoir des « missions éditoriales » différentes pour chacune d’entre elles. Dans l’édition, on risque ainsi de se retrouver bien vite aux prises avec la même situation que pour les magazines : des revues très rentables sur papier glacé sont subventionnées grassement tandis que de petites productions, comme la défunte Recto Verso ou À bâbord !, ne touchent pratiquement rien, ou même rien du tout.

La concentration a surtout pour effet de produire ce qu’on appelle la « censure du marché ». Investir dans l’achat de maisons peu rentables suppose que ces maisons fassent tout de même l’effort de l’être au maximum. En clair, cela signifie la publication prioritaire d’auteurs connus ou de livres destinés à de larges segments de publics. Les risques pris en faveur de nouveaux talents ou de points de vue critiques sont alors réduits à leur plus simple expression.

C’est donc aux petites maisons indépendantes qu’incombe la tâche de prendre des risques bien que, paradoxalement, elles soient aussi les moins soutenues. Mais ce qui pourrait les faire vivre se trouve vite récupéré dès que le message peut s’avérer rentable. Les livres de Noam Chomsky en constituent un bon exemple. Introuvables en français durant des années, ils ont d’abord été publiés par de petites maisons militantes. Aujourd’hui, les livres du professeur du MIT sont publiés par des maisons appartenant à de grands groupes économiques, dont Fayard et Stock. Un autre exemple ? Les petits livres publiés par le mouvement ATTAC. Véritables succès d’édition, ces livres profitent pourtant d’abord et avant tout à l’éditeur, Mille & Une Nuits, propriété du groupe Hachette-Matra, c’est-à-dire un des plus grands fabricants d’armes au monde !

Par ailleurs, les grandes entreprises ont tendance à augmenter le nombre de titres publiés pour favoriser leur rentabilité. Le jeu consiste à lancer de plus en plus de bouteilles à la mer en espérant ainsi qu’on réussira au moins à en voir une arriver à bon port. En France, le nombre de livres publiés a ainsi doublé en une décennie pour atteindre 50 000 nouveaux titres en 2004. Au Québec, on compte désormais environ 5 000 nouveautés chaque année contre tout juste une centaine en 1960. Conséquence directe de la surproduction : la cadence du remplacement des nouveautés en librairie s’accentue. Après moins de trois mois d’existence sur les rayons d’un libraire, un livre est désormais jugé vieux et se voit remplacé par d’autres, à un rythme purement industriel. Que faire avec les vieux livres neufs ? Jamais dans l’histoire autant de livres neufs n’ont-ils été pilonnés

Colonisation du monde

Pourquoi un empire comme celui de Quebecor, après avoir conquis les imprimés, la télévision, le câble, la téléphonie et l’imprimerie, finit-il par s’intéresser à un secteur jugé depuis toujours comme incertain et pratiquement déficitaire ? Et pourquoi tous les grands groupes du « divertissement » finissent-ils par faire de même ?

Au fond, ces empereurs de la finance sont les colonisateurs d’un siècle nouveau qui estiment, comme ceux des siècles passés, devoir imposer partout leurs propres règles de civilisation simplement afin de s’assurer de leur prestige à domicile. Même les formes de contre-culture sont facilement récupérées par ces groupes qui savent désormais tirer leur miel d’à peu près n’importe quoi. Il en résulte une désensibilisation progressive du social et du culturel qui sont dès lors assimilés au simple statut d’engrenages économiques. La logique de pareille entreprise est de fonder son propre système écologique où tout se suffit à lui-même, à l’intérieur d’un vase clos. Dans cette fabrication du monde auquel se livrent les empires économiques, acheter des maisons d’édition ne coûte presque rien et peut rapporter beaucoup. Cela procure, d’abord et surtout, un pouvoir symbolique : un prestige lié au savoir, à la culture et à la mémoire. Mais cela rapporte aussi, dans un second temps, de l’argent. Comment ? Grâce au système de distribution, seul maillon vraiment rentable de la chaîne éditoriale. Et avec de l’argent, on achète encore autre chose, toujours selon une même logique colonisatrice…

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Article écrit par Jean-François Nadeau

Source : la revue À bâbord ! (No 12 – déc. 2005 / jan. 2006)

Nous vous invitons aussi à télécharger la Note sur l’industrie de l’édition au Québec. Note produite par Francine RICHER et le professeur Laurent LAPIERRE (Hautes Études Commerciales, à Montréal).

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