À paraître prochainement : Entre Miroir et Méduse, par Anne-Marie Claire

ISBN : 978-1-000000-00-0
Format : — pages, 5.5 x 8.5 po., broché,
papier intérieur crème #60, encre intérieur noir et blanc,
couverture extérieure #100 en quatre couleurs

Se prend-elle au sérieux ?
Je crois que non. Elle fait parfois semblant, sinon, elle serait trop mal vue des gens qui eux, se prennent au sérieux, ceux qui savent ce qu’ils font, ce qu’ils pensent, pourquoi ils sont là et ce qu’il convient d’y faire; ceux qui commencent les phrases de leurs discours par : « Il faut … »

Ainsi, par exemple, il peut même lui arriver de tenir un discours, mais c’est provisoire et pour le lâcher dès que personne ne la regarde. Et, souvent, dans le cours du discours, elle ose une parole qui ne va pas avec ; elle dit alors « Je fais le clown ». Si elle tient des discours, ils ne la tiennent jamais. Au risque de passer pour folle, d’être classée, toujours par ceux qui savent, dans cette catégorie de l’humanité qui, si on y regarde de près, est celle où se cachent les princes du monde.

Mais aussitôt, elle dit, alors qu’elle a les diplômes requis pour se déclarer intelligente : « Moi, je suis bête ». Ce qui écarte le danger. Etre bête, c’est ne rien comprendre . Mais, au fond, qu’y a-t-il à comprendre ? L’imbécillité, c’est une ligne de fuite devant l’enchaînement des illusions les mieux partagées : comprendre, maîtriser, contrôler, savoir, pouvoir…Elle peut aussi prendre la tangente et conserver sa faculté d’être étonnée. De certains nouveaux-nés, on dit en obstétrique, qu’ils sont nés « étonnés » à cause du premier regard qu’ils ont posé sur l’autre ; Anne-Marie est née étonnée, c’est certain. Elle l’est toujours.

Elle affirme souvent : « J’ai décidé ». là non plus, ce n’est pas sérieux, elle le sait, c’est un jeu. Elle fait celle qui se prend au sérieux, pour voir si ça prend. On ne sait jamais. Bien sûr, ça ne la prend pas, elle est déjà ailleurs à examiner si une autre décision à saisir ne serait pas à l’opposé de la précédente, afin de voyager un peu plus loin. Le voyage, elle connaît.

Elle ne tient pas des discours, elle écrit de la poésie, c’est-à-dire le contraire. Là encore, le voyage : avec, sur, dans, par les mots comme des tapis volants –et le désir de tordre les discours qui sont déjà tout faits au point que dès les premiers mots on connaît la suite. Si on lit ses poèmes à haute voix, mais en les murmurant, on ne connaît pas la suite. On part pour l’inconnu, j’allais dire l’autre, celui qu’il est possible de rencontrer par hasard, dans le monde ou caché en soi-même. Attention, danger.

Si vous commencez de lire un de ses poèmes, prenez tout votre temps, vous partez pour très loin, et dans le temps, et dans l’espace.

André AGARD

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