L’éditeur, l’auteur et le critique…, par Guy Boulianne

Tous les auteurs rêvent – et c’est bien légitime – que leurs livres se retrouvent « coast to coast » (d’un océan à l’autre) sur toutes les étagères, de toutes les librairies au Canada et ailleurs… Tous les auteurs rêvent d’obtenir – dès leurs premiers livres – la célébrité et la reconnaissance publique sur une échelle très importante. Ils rêvent aussi de vendre des centaines d’exemplaires, voire même des milliers d’exemplaires, presque instantanément et sans faire d’effort particulier. Ça, c’est ce qui fait partie du domaine du rêve !

De notre côté, en tant qu’éditeur, nous faisons toujours face à la réalité. Récemment, un de nos auteurs nous demandait d’investir jusqu’à des milliers de dollars pour annoncer son livre dans une pleine page d’un magazine québécois… ce que nous avons refusé, alléguant la réalité des tactiques publicitaires. On peut en rêver, mais selon nous, ce n’est pas parce que l’on fait de la publicité pour un livre dans un magazine (spécialisé ou non) que les gens feront le pas et s’empresseront d’acheter le livre en question. L’auteur nous écrivait : « Je n’ai personnellement aucune affinité particulière avec ce magazine en particulier, mais je me dis simplement que c’est sans doute le meilleur véhicule publicitaire disponible pour rejoindre le public cible naturel de mon roman ». En tant qu’éditeur, nous achetons régulièrement des publicités dans des magazines littéraire spécialisés (Lettres québécoises, Livre d’ici, Nuit blanche, etc.), et ce n’est pas pour cette raison que nos ventes augmentent particulièrement. Nous annonçons actuellement le livre pour enfants « Platon le Suricate » (et d’autres livres) dans le magazine littéraire très spécialisé Lurelu. Bien que les visites sur le site de Platon augmentent significativement, les ventes n’augmentent pas pour autant.

Hier, nous sommes allé au concert bénéfice organisé pour la Société littéraire de Laval et nous avons eu l’occasion de discuter de la réalité du monde des librairies avec quelques auteurs présents. Nous avons alors donné cet exemple très concret : Récemment, un libraire québécois nous a acheté un exemplaire du livre « Platon le Suricate ». Par la suite, nous avons demandé à ce même libraire s’il accepterait de prendre en dépôt quelques exemplaires de ce même livre. Eh bien, ce fut le silence-radio… Aucune réponse de sa part, et ce, malgré que la communication et le paiement de la première transaction se soient très bien déroulés. Or, ce n’est pas la première fois qu’une telle situation se présente à nous. Les libraires peuvent bien nous commander des livres à l’unité, mais lorsque vient le moment de leur offrir un dépôt de livres, c’est le silence-radio… Pourtant, l’éditeur et le libraire devraient être les premiers partenaires… Eh bien, ce n’est pas toujours le cas ! (lire le dossier au sujet des librairies).

C’est donc cela la réalité du milieu de l’édition ! En expliquant cela aux auteurs de la Société littéraire de Laval, nous avons bien constaté leur étonnement et leur méconnaissance de cette fameuse réalité… Réalité qui est – nous en convenons – bien décevante.

L'éditeur Guy Boulianne, les auteurs Denis-Martin Chabot et Francine Minville, lors du concert bénéfice organisé pour la Société littéraire de Laval, au Québec.

L’éditeur Guy Boulianne, les auteurs Denis-Martin Chabot et Francine Minville, lors du concert bénéfice organisé pour la Société littéraire de Laval, au Québec.

Le travail d’éditeur est souvent ingrat. Il arrive assez souvent que certains auteurs nous fassent des reproches de toute sorte, que ce soit au niveau de la publicité, au niveau des librairies ou encore concernant les droits d’auteur et les chiffres de vente. C’est ce qui nous fait dire comme le personnage de Thimothé, dans le film Coud Atlas (2012) : « Pourquoi, pourquoi une personne saine d’esprit embrasse-t-elle une carrière d’éditeur? » Comme on le répète souvent à qui veut bien l’entendre : « On ne peut pas inventer des droits d’auteur là où il n’y en a pas! » Ce n’est pas parce qu’un auteur publie un livre que les gens vont accourir soudainement pour se le procurer ! Ce n’est pas ainsi que cela fonctionne ! Cela demande un implication de tous les instants de la part de l’auteur, comme pour toutes les autres disciplines artistiques. Un auteur ne peut pas se fier au seul éditeur pour écouler son stock de livres. Il doit aussi s’impliquer constamment dans la promotion de son oeuvre. Il ne faut pas oublier non plus que nous faisons face à une compétition très féroce. Contrairement à ce qui se faisait au début du XXe siècle, de nos jours il se publie plus de livres qu’il y a de lecteurs. Contrairement à l’élite du passé, tout le monde veut maintenant écrire et avoir son propre livre, ce qui résulte en une profusion de nouveaux ouvrages publiés à chaque semaine ! Il est donc normal que les gens ne peuvent pas tout acheter… même s’ils le voudraient bien.

Nous vous invitons à regarder cet extrait du film de Lana Wachowski, Cloud Atlas, qui est désopilant à souhait. Il démontre bien la relation étroite qui doit exister entre l’auteur et son éditeur, et ce qu’un auteur peut faire pour obtenir la célébrité. Évidemment, nous convenons très bien que ceci n’est qu’une parodie et nous n’encou- rageons aucunement les auteurs à poser un geste comme celui du personnage Dermod 🙂 Par contre, cet extrait nous démontre que l’auteur a aussi un rôle important à jouer dans le succès de son livre. Pour notre part, ce film nous fait beaucoup rire puisqu’il nous rappelle la mésaventure que nous avons récemment vécu avec un « critique », et qui peut nuire grandement à une petite entreprise culturelle comme la nôtre (lire ici)… ce qui fait dire à l’éditeur Thimothé : « Un critique littéraire n’est jamais qu’un lecteur pressé, arrogant et dénué de toute sagesse ».

Cloud Atlas : À travers une histoire qui se déroule sur cinq siècles dans plusieurs espaces temps, des êtres se croisent et se retrouvent d’une vie à l’autre, naissant et renaissant successivement… Tandis que leurs décisions ont des conséquences sur leur parcours, dans le passé, le présent et l’avenir lointain, un tueur devient un héros et un seul acte de générosité suffit à entraîner des répercussions pendant plusieurs siècles et à provoquer une révolution. Tout, absolument tout, est lié (Allocine.fr).

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À propos de Guy Boulianne

Guy Boulianne, auteur et éditeur. Ce dernier a réalisé une quête personnelle, historique, généalogique et symbolique. Il en dévoilera prochainement la teneur dans la rédaction d'ouvrages à paraître.

Publié le 6 mai 2013, dans - Critique littéraire, - Librairies, - Publicité, Édition, Ed. Dédicaces, Vidéos, et tagué , , , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 6 Commentaires.

  1. Laissez ceux qui lisent nos romans décider, moi quand j’écris, j’y crois, je ne dors presque plus, je ne mange plus, ma femme dort seule car je ne peux vivre pour le moment de ce que j’écris. Donc je dois travailler pour payer mes dettes. Par dessus tout, j’ai la hantise qu’un critique quel qu’il soit vienne et détruise mon rêve. Il devrait y avoir un critique, des critiques, juste pour voir combien d’effort, de jugement vont-ils y mettre avant de mettre sous presse leur jugement.

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  2. « Excellente analyse qui résume bien les réalités auxquelles sont confrontés les principaux acteurs du domaine. La référence au film « Cloud Atlas » est d’ailleurs très intéressante. »

    Patrice Paquette

    English to French translator /
    Specialist in computer-assisted translation (CAT) /
    Online Music Publisher & Promoter

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  3. À part les grandes vedettes, les auteurs inconnus, comme la plupart d’entre nous, devons comprendre la réalité de ce monde. Mais, il y a de l’espoir. L’édition virtuelle (livrels) et l’impression sur demande sont probablement la planche de salut de notre industrie culturelle.

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  4. Stéphane Carrion

    C’est un message simple, qui garde toute son importance. S’il est difficile d’être auteur, il est encore plus difficile d’être l’éditeur. Certains, ne semble pas le réaliser et leur incompréhension ne vient pas faciliter le milieu.

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  5. propos pertinents de l’éditeur Guy Boulianne

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  6. Jean-François Capelle.

    Excellente analyse et édifiante vidéo… je cours me faire tatouer!

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